Finis les pieds plats (29 octobre 1952)

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Finis les pieds plats

Cinéaste sous-Mack Sennett, acteur sous-Max Linder, Stavisky des larmes des filles-mères abandonnées et des petits orphelins d’Auteuil, vous êtes, Chaplin, l’escroc aux sentiments, le maître chanteur de la souffrance.

Il fallait au Cinématographe ses Delly. Vous lui avez donné vos œuvres et vos bonnes œuvres.

Parce que vous disiez être le faible et l’opprimé, s’attaquer à vous c’était attaquer le faible et l’opprimé, mais derrière votre baguette de jonc, certains sentaient déjà la matraque du flic.

Vous êtes « celui-qui-tend-l’autre-joue-et-l’autre-fesse » mais nous qui sommes jeunes et beaux, répondons Révolution lorsqu’on nous dit souffrance.

Max du Veuzit aux pieds plats, nous ne croyons pas aux « persécutions absurdes » dont vous seriez victime. En français Service d’Immigration se dit Agence de Publicité. Une conférence de Presse comme celle que vous avez tenue à Cherbourg pourrait lancer n’importe quel navet. Ne craignez donc rien pour le succès de Limelight.

Allez vous coucher, fasciste larvé, gagnez beaucoup d’argent, soyez mondain (très réussi votre plat ventre devant la petite Élisabeth), mourez vite, nous vous ferons des obsèques de première classe.

Que votre dernier film soit vraiment le dernier.

Les feux de la rampe ont fait fondre le fard du soi-disant mime génial et l’on ne voit plus qu’un vieillard sinistre et intéressé.

Go home Mister Chaplin.

L’Internationale lettriste : Serge Berna, Jean-L. Brau, Guy-Ernest Debord, Gil J Wolman

 

Fondée « arbitrairement » à Bruxelles en juin 1952 par Guy Debord et Gil J Wolman, l’Internationale lettriste se manifeste publiquement à Paris le 29 octobre en attaquant au Ritz la conférence de presse tenue par Charlie Chaplin pour la promotion de son film Limelight. Seuls Jean-Louis Brau et Gil J Wolman purent pénétrer dans la salle de la conférence de presse et y jeter les tracts. Guy Debord et Serge Berna furent arrêtés par la police (qui les prenait pour des admirateurs) en essayant de s’introduire frauduleusement par les cuisines du Ritz.

On peut voir actuellement au Musée des lettres et manuscrits du 29 avril au 28 août 2011 une lettre de René Magritte ainsi présentée :
René MAGRITTE
Lessines, Belgique, 1898 – Bruxelles, 1967
Lettre vraisemblablement adressée à l’artiste et écrivain belge Marcel Mariën, datée du 15 novembre [1952].
« Magritte adresse à son proche ami [Marcel Mariën] (1920-1993) cette longue lettre ornée de deux dessins originaux (“Voici deux idées qui ont servi à faire deux tableaux récents”), le premier représentant une tête de face entièrement composée de chiffres, et le second une porte au dessin très torturé, esquisse du tableau Le Modèle vivant. Cette lettre annonce également la naissance de l’Internationale Lettriste, dont Magritte vient de recevoir les fondateurs (Guy Debord, Gil Wolman, Jean-Louis Brau et Serge Berna) en rupture avec les Lettristes et leur chef Isidore Isou. »
L’extrait de cette lettre dit ceci : « J’ai reçu la visite des signataires du manifeste ci-joint (sauf Berna demeuré à Paris) avec lequel vous serez d’accord, je pense, comme moi. J’ai cru le publier dans une Carte d’après nature. Mais je crois que des problèmes ennuyeux seraient soulevés, et trop fatigants pour moi. J’ai appris qu’Isou s’était désolidarisé de cette déclaration, ce qui confirme l’idée que je pouvais en avoir avec le peu d’information dont je pouvais disposer. »
Ce manifeste est évidemment le tract Finis les pieds plats contre Chaplin et on peut regretter que le craintif Magritte ne l’ait pas reproduit dans le deuxième numéro de sa Carte d’après nature (le premier numéro venait de paraître en octobre 1952), cela aurait pu faire scandale en Belgique comme chez les surréalistes !

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