Télégramme à Jean-Jacques Lebel (30 novembre 1966)

 

30 novembre 66 au matin

Comme je n’ai pas peint ta porte, je ne peux rien dire de la couleur. Cependant j’approuve tout à fait l’exigence de mes camarades situationnistes. Je constate déjà avec plaisir que cette malveillance de la presse n’a aucunement été encouragée par toi. Aussi dérisoire que nous trouvions de courir après la presse à des fins bassement publicitaires, aussi légitime nous paraît parfois de démentir. C’est certainement ton intérêt d’éviter d’être mélangé publiquement à des gens dont tu ne partages ni les idées ni la pratique. C’est encore plus le nôtre. Dans ces conditions on voit mal pourquoi nous aurions besoin de te faire peur. Et si pourtant nous y étions contraints cela ne ressemblerait en rien aux flics. Plutôt à des situationnistes en colère.

Guy Debord

 

Suite à un article paru dans Le Monde du 26 novembre 1966, où le « disciple dissident d’André Breton et prêtre du happening » était associé à « l’International situationnisme » (sic), l’injonction de démentir lui fut signifiée, tracée sur sa porte préalablement repeinte en rose : « J.-J. Lebel n’a rien à voir avec l’Internationale situationniste. Le Monde est con. Ça suffit comme ça. Signé : J.-J. Lebel. » Ce qu’il fit, tout en se plaignant du procédé.

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